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L'atelier

Transformation · Heks, Limbourg

L'atelier

Une cave de quarante mètres carrés sous la maison. Huit gestes entre la fève et la tablette, et huit occasions de perdre le terroir.

Un lot de cacao arrive chez nous avec tout ce qu'il a mis un an à devenir : une génétique, une altitude, une fermentation, un séchage, la main de ceux qui l'ont trié. Notre travail n'est pas d'ajouter du goût. Il est d'éviter d'en retirer.Tout ce qui suit se fait à Heks, en petits lots, sur des machines que nous conduisons nous-mêmes. Rien n'est sous-traité. Rien n'est mélangé pour lisser une année sur l'autre.

Le Carnet

De la fève à la tablette

Huit gestes, dans cet ordre

01

Réception & cave

Les sacs arrivent avec leur marquage de lot. Ils dorment en cave, à température tenue : le cacao n'aime ni la chaleur ni l'humidité, et un lot mal stocké est déjà un lot abîmé. Chaque origine reste dans son sac, sous son nom. À partir d'ici, plus rien ne se mélange par accident.

02

Tri & tamisage

On sort les cailloux, les fragments, les fèves plates ou moisies. C'est long, c'est manuel, et c'est là que se joue une bonne part de la propreté du goût final. Une seule fève mal fermentée suffit à marquer un batch entier.

03

Torréfier, ou pas

Four Unox BakerTop, dix plateaux. Nous torréfions bas, ou pas du tout. Une torréfaction poussée fabrique du goût de chocolat : un goût de maison, confortable, qui recouvre le lot. Une torréfaction basse laisse passer l'acidité, le fruit, l'amertume propre au terroir. C'est plus fragile, et c'est le but.

04

Concassage & vannage

La fève est brisée, puis la coque est séparée du grué par un courant d'air. Ce qui reste est du cacao pur, en éclats. Certaines origines sont pelées à la main plutôt que vannées, quand le lot est petit ou la coque récalcitrante.

05

Broyage & affinage

Le grué passe à la meule. Sous la pression et la friction, l'éclat sec devient une masse liquide. C'est le beurre de cacao contenu dans la fève qui se libère, rien n'est ajouté. Puis la masse tourne, des heures durant, jusqu'à ce que les particules ne se sentent plus sous la langue. Pour les tablettes, le sucre de canne entre ici, toujours en minorité, dans une proportion décidée lot par lot.

Broyage & affinage
06

Maturation

La masse repose. Les arômes se rangent, l'acidité de la fermentation se pose. On surveille : une masse en maturation peut se décolorer, faire des points blancs, sans que le goût soit atteint. Savoir distinguer un défaut d'un phénomène normal fait partie du métier.

07

Tempérage

Le beurre de cacao peut cristalliser de six manières. Une seule donne la tablette qui casse net et brille. Le tempérage consiste à imposer cette forme-là, par une descente puis une remontée de température maîtrisées, autour de 31 °C pour nos chocolats noirs, un peu moins quand l'atelier est chaud en été. C'est l'étape la moins pardonnante. Un demi-degré de trop et la tablette blanchit trois semaines plus tard.

Tempérage
08

Moulage & repos

La matière est coulée à la main, moule après moule, tapée pour chasser les bulles, puis mise à cristalliser au froid. Le démoulage doit être net : si la tablette résiste, c'est que le tempérage a manqué. On recommence.

Moulage & repos
Ce que nous ne faisons pas nous-mêmes, et ce que nous faisons trop lentement
Tuq'Tuquilal : torréfaction au feu de bois, avant l'expédition

Deux exceptions

Ce que nous ne faisons pas nous-mêmes, et ce que nous faisons trop lentement

Deux lots échappent à la routine décrite plus haut, et c'est volontaire.

Le Tuq'Tuquilal nous arrive déjà torréfié, au feu de bois, au Guatemala, selon une recette ancestrale. Nous n'y retouchons pas. Corriger ce feu depuis la Belgique reviendrait à effacer précisément ce qui rend ce cacao reconnaissable.

Le cœur cérémoniel passe 72 heures à la meule de pierre, non tempéré. Trois jours pour une matière que personne ne verra briller, simplement parce que c'est le temps qu'il faut pour qu'un cacao pur devienne buvable sans rien y ajouter.

Une origine met un an à devenir ce qu'elle est. On peut la perdre en vingt minutes de torréfaction.
Atelier MOOJO
Tablettes démoulées : le marquage du lot reste lisible jusqu'au bout
Tablettes démoulées : le marquage du lot reste lisible jusqu'au bout
La décision est dans la bouche
Test de cristallisation sur plan froid

Ce qui ne s'automatise pas

La décision est dans la bouche

Aucune de ces étapes n'a de réglage universel. Une fève du Belize et une fève du Pérou n'ont ni la même humidité, ni la même taille, ni la même coque. Le même profil de torréfaction donnera un résultat juste sur l'une et plat sur l'autre.

Alors on goûte. À la fève crue, au grué, à la masse chaude, à la masse reposée, puis à la tablette. Quand le lot ne se reconnaît plus, quand on ne retrouve pas ce qui nous avait fait l'acheter, on change un paramètre et on recommence. C'est lent, et c'est la seule méthode que nous ayons trouvée qui ne mente pas.

La discipline

Quatre règles qui ne bougent pas

01

La température avant l'horaire

Si l'atelier est trop chaud, on descend la consigne ou on décale la production. On ne force jamais une cristallisation contre l'ambiance de la pièce.

02

Un lot à la fois

Une seule origine en machine à la fois, du grué au moulage. Le nettoyage entre deux lots coûte du temps ; le mélange coûterait le terroir.

03

Le temps est un ingrédient

Rien n'est accéléré. 72 heures de meule pour le cœur cérémoniel, plusieurs jours de repos pour la masse. C'est ce que nous ne pouvons pas acheter moins cher.

04

Ce qui n'est pas bon ne sort pas

Un batch raté ne devient pas une promotion. Il retourne en cuve ou il finit à l'atelier. Le nom d'une origine engage ceux qui l'ont cultivée.

Ce que la transformation change

Trois choses qu'un terroir gagne ou perd ici

L'acidité

Elle vient de la fermentation. Une torréfaction haute l'efface et rassure ; une torréfaction basse la garde. C'est souvent elle qu'on prend pour un défaut la première fois.

Le fruit

Banane, agrume, fruits rouges : des molécules fragiles, les premières détruites par la chaleur. Elles ne s'ajoutent pas après coup.

La texture

Elle ne dépend ni de l'origine ni du sucre, mais des heures de meule. C'est la seule chose de cette page que nous fabriquons vraiment.

Le geste n'a de sens que rapporté à un lieu. Les origines racontent l'autre moitié.

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